Ceci est un essai tout à fait personnel qui vise à décrire une vision possible de toute la période de temps qui a conduit à l'univers dans lequel se déroule l'histoire de Dune. Etant donné qu'il y a des incohérences de dates insurmontables dans les annexes de Dune, cette chronologie n'est pas datée.

Comme tous les éléments de l'Univers de Dune sont tirés d'une manière ou d'une autre de quelque chose qui a existé ou qui a prit naissance sur Terre (que ce soit les noms, les mots, les religions ou les lieux), il est raisonnable de penser que tout part de là. Il est d'ailleurs écrit dans les annexes pour l'explication du mot Kulon : "âne sauvage des steppes de Terra, acclimaté sur Arrakis". Terra est peut-être issue d'une erreur de traduction mais fait de toute façon clairement référence à la Terre. Comme nous le verrons aussi plus loin, les quelques planètes qui sont décrites se trouvent toutes dans les systèmes solaires des étoiles les plus proches du système solaire :
Les êtres humains à l'époque où Dune a été écrit (les années 60) développaient les voyages spatiaux, rêvaient des étoiles et faisaient chaque année des progrès considérables dans l'électronique.
Nous admettons que l'humanité ne se soit pas mise en péril par son développement même et qu'elle n'ait pas interrompu ses explorations spatiales : les techniques de déplacement spatial à base de réactions chimiques ne permettent guère de s'établir plus loin que le système solaire, en effet, au-delà la durée du voyage exède la vie du pilote et cela pose deux problèmes :

A ce stade l'humanité n'a pas pu créer d'Empire puisque dans notre système, aucune planète ne peut rivaliser avec la Terre. Il a donc fallut pour que l'humanité s'étende que l'on trouve d'autres moyens de transports. C'est à ce moment qu'intervient l'effet de Holtzman. Ou autrement dit l'invention d'appareils anti-gravité. Herbert dit que la physique de Holtzman a débouché sur des répulseurs gravifiques (donnant des moyens de transports) et le Bouclier, qui s'apparente aux boucliers de stase que l'on retrouve généralement dans la SF, à savoir un bouclier d'énergie qui bloque les projectiles cinétiques dès qu'ils dépassent une certaine vitesse.
Le développement de ces technologies entraine une révolution dans la manière de faire la guerre mais à ce stade du développement de l'humanité l'effet le plus intéressant concerne le voyage spatial par anti-gravité. A partir de ces engins, il devient possible de se déplacer rapidement dans l'espace sur de longues distances et la colonisation de la galaxie peut commencer. Herbert ne fait aucune allusion précise au fait que l'anti-gravité soit utilisée pour le déplacement des engins spatiaux, mais il apparaît que c'est le moyen et plus évident de faire voyager les frégates de la guilde entre les planètes et les long-courriers. Nous pouvons donc considérer que ce sont ces technologies qui ont permit la conquête primitive des étoiles et la première colonisation à grande échelle extra-solaire.

Avec la fondation de colonies sur des planètes riches et aptes à la vie, la concurence pour la domination peut revenir au goût du jour. Les colonies arrivant forcément un jour à un stade où elles peuvent défier la domination de la Terre et où elles veulent s'affranchir des contraintes coloniales. Tous les rapports entre pays sur Terre à toutes les époques ont toujours été régit par ces lois, il est donc logique de supposer que cela continuera. C'est pendant cette période de tension que peut intervenir le déclencheur du Jihad Butlérien :
En effet, en plus des tensions inhérentes à la situation coloniale, la conquête spatiale peut créer une situation de flou spirituel dans les grandes religions classiques. Herbert le souligne dans les annexes "religion de dune" où il dit "l'essence sacrée de toutes les religions fut atteinte par cette sorte d'anarchie qui émanait de l'espace". Et il est facile de constater que plus le progrès technique avance et plus la religion a du mal à trouver sa place. Par ailleurs, l'être humain étant par essence spirituel, il a toujours le besoin de croire en quelque chose, donc si les anciennes religions ne conviennent plus, il s'en invente de nouvelles.

De nombreux mondes sont maintenant colonisés, et il y a globalement deux courants forts qui s'opposent. D'abord les mondes jeunes, dont la force réside dans les matières premières et la vitalité, et le vieux monde, la Terre, qui ne possède plus qu'un seul domaine dans lequel elle maintient une certaine avance : la science et la technologie. Cet affrontement sur fond de manque spirituel peut engendrer le Jihad Butlérien, La Vieille Terre utilisant et produisant des machines de plus en plus perfectionnées et autonomes, et les autres mondes se liguant pour éliminer cette menace. Il faut bien sûr voir que la Terre ne comprend pas que la planète Terre seule, mais toute la sphère d'influence proche de la planète, et au minium toutes les extensions terrienne du système solaire.
De même, l'alliance formée par les colons ne comprend pas tous les colons, certaines rivalités autres pouvant pousser des colonnies à rester sous la coupe terrienne ou même certaines colonies plus fortes à faire cavalier seul. En fin de compte, le Jihad Butlérien part d'une guerre d'indépendance et dégénère en une authentique guerre civile générale. Il est possible de supposer également que les chefs spirituels les plus influents du moment, donc ceux des nouveaux mondes, ont fait pression pour monter leurs fidèles contre la Terre et sa technologie. La meilleure arme d'un peuple étant ses fanatiques, on peut supposer que la propagande a fait un grand travail de diabolisation des machines. Ce travail a été couronné de succès et la guerre sainte a pris le pas sur la guerre d'intérêt, aboutissant évidemment à un chaos généralisé avec destruction systématique de l'ennemi, en l'occurence les machines.
Ce point de vue ne peut être sérieusement étayé par les écrits de Herbert, car les seules chose que nous savons c'est que le Jihad a été une période de Chaos qui a duré 2 siècles et qu'elle a vu de dérouler une croisade contre les ordinateurs, machines pensantes et robots conscients. Il n'est pas précisé que ce sont les robots qui ont attaqués les premiers c'est pourquoi je préfére privilégier un point de vue moins "terminator". Il ne semble pas que l'humanité ai été à un quelconque moment du Jihad Butlérien en danger de mort mais plutôt qu'elle ai été prise de frénésie meutrière à l'égard des choses robotiques autonomes. C'est cela, avec la précision concernant le flou spirituel de l'époque qui m'incite à penser que ce Jihad naît avant tout de circonstances politiques voulues.

En fin de compte, ce sont les mondes jeunes qui gagnent cette guerre grâce à une coalition de leurs forces dans une utlime bataille, celle de Corrin, qui voit se placer les fondations des futures puissances, ce qui est logique.
On peut supposer que la bataille de Corrin n'est pas un évènement d'une journée, car en admettant que Corrin est une planète, la bataille de Corrin a du se dérouler pendant des mois voire des années. Personnelement je vois cette bataille comme la reconquête de Grenade par les espagnols : un évènement clé qui signe la défaite inéluctable de l'autre mais qui s'inscrit dans une certaine durée. Comme il se doit, les vainqueurs sont les futurs puissants du nouvel ordre galactique. La Terre tombe dans l'oubli, peut-être même a-t-elle été détruite car il n'en est plus fait référence nulle part ensuite alors que si la Terre avait continué d'être habité, son passé historique l'aurait de toute façon différenciée des autres planètes. Le flou sur cette question ne me pose pas de problème particulier, je considère que c'est justement une manière de montrer que le destin de la Terre importe peu car la Terre en temps que symbole du Monde de humain a cédé la place à l'Humanité en elle-même. La Terre n'a désormais pas plus d'importance que la ville qui fut la capitale des Incas. L'Humanité génèrera une activité qui sera toujours regie par les mêmes tensions, mais juste sur une échelle plus grande. Les pays deviennent planètes, et la Terre s'efface comme un simple ancien pays car elle n'a finalement pas plus d'importance.
Le plus puissant des vainqueurs ré-organise l'humanité selon des codes féodaux, s'accorde les plus grands pouvoirs que d'ailleurs personne ne peut lui constester, et accorde à ses alliés les plus fidèles les postes les plus importants. Il édicte pour la population des codes contraignants visant à assurer sa place : le célèbre "tu ne fera pas de machine à l'esprit de l'homme semblable". Ces directives sont volontairement auréolées de mysticisme pour renforcer encore leur solidité. Cependant, ce qui n'est pas encore un empire a besoin plus que tout de relations commerciales fortes, pour reconstruire, et pour s'enrichir. C'est à ce moment que sont créé les bases du futur Imperium :
(qui certainement ne s'appellait pas encore comme cela), qui n'est autre qu'un vaste organisme facilitant l'échange de marchandise à travers tous les signataires. Le bureau de contrôle de la compagnie est présidé par les plus puissants dirigeants qui s'accordent un droit de décision sous forme de "directorat". Cet organisme est bien sûr amené à s'agrandir car s'il ne commençait qu'avec les matières les plus nécessaires, les profits générés pour l'aristocratie qui le dirige sont tels qu'elle cherchera à étendre son influence sur tous les produits commercialisables. Herbert ne donne aucune indication sur la naissance de la CHOM mais il n'est pas absurde de prendre comme modèle celui de la communeauté européenne, qui naît avec l'acier et le charbon seulement et qui finit par avoir un droit de regard et de contrôle sur tous les flux commerciaux et financiers.

le commerce a besoin de transports fiables et la CHOM naissante ainsi que les aritocrates qui la dirigent ont tout intérêt à pouvoir surveiller les flux de personnes et de marchandise, un organisme centralisé et unique est donc tout indiqué. Par ailleurs la navigation spatiale est rendue extrèmement complexe par la suppression de tous les systèmes informatiques qui lui permettaient de fonctionner. La Guilde naissante instaure donc des grandes écoles dans lesquelles ont forme patiemment les futurs pilotes et navigateurs. Ces écoles sont aussi le lieu de recherches poussées pour améliorer toujours plus le voyage spatial. Fort logiquement, son domaine de recherche de prédilection est les mathématiques, le but avoué de la Guilde étant de développer les outils qui permettront à ses navigateurs de prévoir le moindre élément intervenant dans le trajet, et par là même, de prévoir une partie de l'avenir. Le développement d'un monopole sur les transports est par contre plus difficile à comprendre : la logique marchande aurait plutôt tendance à faire apparaître une multitude de transporteurs pratiquant une sauvage lutte tarifaire. La seule explication logique qui oblige la Guilde à apparaître et à se développer est la conséquence du Jihad Butlérien : plus d'ordinateurs. Sans eux, le voyage spatial pose de graves difficultés et seul un organisme de grande taille centralisant toutes les demande de transport est à même de dégager les crédits suffisants pour assurer la formation exceptionnellement complexe de ses navigateurs dont le nombre doit être le plus réduit possible.
Ix n'est rien d'autre qu'une des puissances naissantes qui a participé à la victoire du jihad. Mais ses dirigeants ne sont pas dupes, tout le discours mystique qui a été envoyé à la populace n'est qu'un discours. Les dirigeant d'Ix sont parfaitement conscient des bénéfices qu'ils peuvent tirer de continuer le progrès technique discrètement, ne serais-ce que parce qu'ils ne sont ni les plus riches ni les plus puissants du nouvel ordre galactique.
La destruction des machines a amené de nombreux manques, notamment de main d'oeuvre adaptée pour toute sorte de tâches. Le Bene Tleilax naît de la réunion des efforts de recherche sur la génétique. Mais comme ce genre d'activité est d'une éthique très discutable et par nature créatrice de chimères, le Bene Tleilax se condamne lui-même à un lent isolement, à un lent repliment sur soi-même qui ressemble beaucoup à une forme de paranoïa. La galaxie se sert des production du Bene Tleilax bien sûr, mais elle l'évite autant que possible et ne cache pas son aversion. Les Tleilaxu pour continuer leur tâche doivent d'une manière au d'une autre se persuader eux-même qu'il sont dans le droit chemin, et que ce sont tous les autres, à l'extérieur, qui sont dans l'erreur. C'est la porte grande ouverte à une culture mystico-religieuse. Herbert ne mentionne que deux créations des Tleilaxu : les mentats tordus et les limachons mais il est raisonnable de supposer que ce ne sont pas là les seules créations du Tleilax et que pour subvenir à leur besoin ils ont fourni de nombreuses autres "créations" dans les domaines les plus divers : agriculture, médecine ...etc.
De tous temps il a existé des groupes plus ou moins secrets qui ont poursuivit le même but, transcender l'être humain. Développer l'espèce, lui révéler des talents cachés. Faire progresser l'Humanité. Ces tentatives ont aboutis à des philosophies dans le meilleur des cas, à des religions la plupart du temps et à des génocides très souvent. Et cet objectif s'accomode assez mal du pouvoir car les gens n'aiment pas sentir qu'il sont des marionettes. Le Bene Gesserit a trouvé dans l'organisation féodale de la galaxie le terreau idéal. Dans ce genre d'organisation, le pouvoir appartient aux plus forts, et généralement, aux hommes, et c'est pourquoi le Bene Gesserit a pu survivre et se développer. Une organisation de femmes, destinées à produire les compagnes idéales pour les hommes de pouvoirs. Cultivées, intelligentes, belles, l'Ecole a pu se protéger de la suspicion en séduisant tous ses adversaires. Et dans l'ombre, elle a pu commencer son véritable travail : la recherche des êtres humains supérieurs, et le développement de capacités encore inconnues. Je pense qu'il est absolument nécessaire que cette organisation ne soit composé que de femme dans un univers où le pouvoir est exercé par des hommes, car autrement une telle organisation n'aurait pas pu masquer ses buts véritables et aurait très certainement été détruite.

Toutes ces bases créées, il n'a plus fallu à la famille la plus puissante que trouver le moyen de s'assurer le service d'une force militaire supérieure pour asseoire définitivement sa domination. C'est à ce moment qu'apparaissent les Grandes Conventions militaires, et le Landsraad. Les plus puissants de tous, les Grandes Maisons se réunirent en un Haut Conseil, le Landsraad, et produirent en réponse à la menace des forces militaires de l'Empereur divers traités visant à assurer leur protection mutuelle, et, bien sûr, le maintien de leur pouvoir. Ainsi la Guerre des Assassins, édictant un code très strict qui empêche finalement les maisons de s'attaquer de front entre elles vise tout particulièrement à empêcher l'Empereur d'utiliser ses forces militaires conventionnelles.
L'Empereur quand à lui ayant tout intérêt à faire adopter la Grande Convention, qui proscrit l'usage des armes atomiques sous peine de représailles massives. Ce traité le protégeant tout particulièrement puisque seul des armes atomiques auraient pu permettre à ses adversaire de triompher de ses forces conventionnelles supérieures. Il faut bien comprendre que tous ces traités ne visent finalement qu'un seul objectif : empêcher que ceux qui sont au pouvoir ne le perde. Les guerres étant emprisonnées dans un carcan très contraignants de permissions et d'interdiction, sous la surveillances des partis neutres qui n'attendent qu'une occasion de se partager les restes, fait que les hautes sphères de décision de l'Impérium se retrouvent en fait plongées dans le plus grand immobilisme où chacun s'épie et s'observe. Cet état est particulièrement flagrant dans les actions de l'Empereur et est confirmé par un avant chapitre où Irulan raconte comment la famille Impériale s'entrespionnait.
Les assassinats, rétributions, et empoisonnements étant omniprésents, l'Empereur fonda l'ordre de docteurs Suk, dont le conditionnement très strict les empêche de faire du mal. Et logiquement, les études de la Guilde et des Grandes Ecoles qui avaient formés les bases des techniques de raisonnement intellectuel très poussé pour palier l'absence des machines aboutirent à la formation des premiers "Mentats", des êtres humains dotés de capacités de réflexion logique et de mémoire poussées à leur maximum. Leur usage se généralisa auprès des Maisons, qui les utilisèrent leurs talents dans les nombreuses luttes d'influences et guerres de l'ombre sous jacentes aux plus hauts postes de l'Imperium.
L'Impérium a aussi favorisé toutes les recherches religieuses en parties provoquées par les règles consécutives au Jihad Butlérien, comme par exemple la commision des interprètes oecuménique qui devait aboutir à la Bible Catholique Orange. Peu importait d'ailleurs que la CIOE soient un échec, le but était uniquement d'apaiser les doutes et les superstitions de la populace. Les dirigeants n'aynat bien sûr qu'une seule religion : celle du pouvoir et du profit. Ceci est confirmé par l'anexe sur les religions où il est écrit que pour la classe dirigeante, "les religions ne sont qu'un théatre de marionnettes destiné à amuser la populace et à la rendre docile".
L'ensemble finissant par aboutir à un Impérium relativement stable et même dangereusement immobile, en passe de tomber dans un cylce de dégénérescence à terme fatal. Ceci dit, 10 000 ans entre la fin du jihad et la cassure finale de tout le système ça me semble un peu long comme durée. 10 000 ans sans que absolument rien ne change ça fait quand même beaucoup sachant qu'il y a quand même Ix, la Guilde, et les deux Bene qui cherchent en permanence à faire des progrès dans leurs domaines respectifs... Il le semble qu'une durée de 500 à 1 000 ans entre la fin du Jihad et l'Impérium mature serait plus crédible et elle laisse déjà largement le temps à toutes les écoles de s'éloigner grandement de ce qu'elles étaient au départ. C'est sur ce point que Herbert semble avoir le moins cherché à être d'aplomb car les différentes dates données pour la bataille de Corrin, et les durées des dynasties Corrino et atréides se collent pas entre elles.
La découverte de l'Epice-Mélange sur Arrakis n'a fait que renforcer des tendances lourdes qui existaient déjà : que ce soit la Guilde ou le Bene Gesserit, l'utilisation du Mélange n'a fait que supplanter d'autres drogues et rendre plus efficace les différentes transes pratiquées. Et le commerce du Mélange n'a fait qu'accroître magnifiquement les profits de la CHOM. En fait il importe assez peu de savoir quand le Mélange a été découvert puisqu'il n'est finalement que le prétexte à ce que la suite d'évènements qui cassent l'immobilisme de l'humanité se produisent sur Arrakis.
Le Bashar le 26/06/2003
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