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Entretien avec Cassini :

    L'INTERVIEW DES AUTEURS

    Dragoris : (Concernant la fiction Le marin)


     

    Tout d’abord, d’où t'es venue l’idée de cette histoire ?
  • Je ne m’en souviens plus.
  • Que penses-tu toi-même de ta propre fiction ?
  • Je trouve que, bien qu'inférieure à Bienfaiteur ou Cinquecento, elle reste acceptable, malgré quelques défauts stylistiques.
  • En quoi leur est-elle inférieure ?
  • Je vais plutôt dire en quoi je trouve ces deux fictions supérieures : Bienfaiteur a un arrière-goût d'utopie que je ne me lasse pas de retrouver en la lisant, et Cinquecento sera une œuvre titanesque, attachée à un genre que j'aime beaucoup (l'uchronie).
  • L’uchronie ? Qu’est-ce que c’est ?
  • L'uchronie est un genre qui part sur des bases historiques factuelles, mais dévie le cours de l'Histoire ; elle a donné naissance à une branche particulière et très réduite chez les historiens.
  • Selon toi, manque-t-il quelque chose ?
  • Du vrai talent.
  • En quoi penses-tu que ta fiction pourrait être encore améliorée ?
  • Parfois, je me dis que l'univers d'avant notre terre aurait mérité une plus profonde exploration, quelque chose comme les discussions d'une taverne à propos de tel ou tel évènement exceptionnel qui entraînerait des bavardages sur l'habituel.
  • On constate à la fin que tu utilises la mythologie grecque (Charon faisant traverser le Styx). Utilises-tu souvent ces références ?
  • Oui et non disons que si jamais référence il y a, ce sera réellement le thème de la nouvelle, pas seulement un clin d'oeil. c'est ce qui se passe dans Le Marin, et c'est ce qui se passe dans un certain nombre de nouvelles en cours.
  • Sinon, qu’utilises-tu comme référence pour tes œuvres ?
  • Les mythologies occidentales (par défaut, étant donné que je ne connais que très mal les autres), l'Histoire, les auteurs (plus ou moins obscurs) d'imaginaire, les essais en matière de politique, de philosophie ou de sociologie, des films et les trucs stupides qu'on trouve sur le net.
  • Cette fiction est du fantastique. T’arrives-t-il d’écrire dans un autre genre (en dehors de la science-fiction) ?
  • J'ai effectivement un projet de ce genre, un récit très noir, qui, s'il est réussi, empêchera les gens de dormir en réalisant de quoi est faite la nature humaine.
  • En comparant avec plusieurs de tes œuvres, on constate que presque toute ta fiction ne vise qu’à préparer la fin, qui est alors toujours surprenante. Pourquoi ce choix ?
  • Une fin prévisible n'a d'intérêt (à mon avis) que lorsqu'on veut montrer son style, plus qu'une histoire. je ne dénigre aucunement les fins prévisibles (pour preuve le LotR, que j'aime beaucoup), mais je considère que je n'ai pas encore un niveau suffisant pour écrire des histoires linéaires et ne lui donner que l'intérêt d'une certaine écriture.
  • La plupart de tes fictions ont quelque chose de très noir. Pourquoi tant d’acharnement sur tes héros ?
  • Parce que c'est comme ça que ça se passe dans la vie réelle ! les gens vraiment heureux et susceptibles de le rester sont ceux qui ont le pouvoir et l'argent, parce qu'ils peuvent éliminer tout ce qui peut obscurcir leur ciel, alors que l'être humain "de base" n'a pour se défendre que des rêves, qu'en tant que fidèle rapporteur de la réalité je me dois de détruire consciencieusement.
  • Cependant, les humains se révoltent et se battent pour leurs rêves. Dans tes œuvres, ils se résignent à vivre leur calvaire...
  • Honnêtement, quand est-ce qu'on a vu pour la dernière fois un être humain se battre réellement pour ses rêves ? les seuls "révoltés" dont on parle aujourd'hui sont des personnes qui, après une petite fuite face à quelques représentants de l'ordre armés de grenades fumigènes, rentrent tranquillement chez eux, se posent devant la télé et sirotent une boisson quelconque. les humains que je décris, ce sont ceux d'aujourd'hui, qui ne se passeront pas du confort qu'ils ont à disposition, et sont intelligents d'agir ainsi, car c'est le meilleur moyen d'avoir ce que tout le monde veut : la paix.
  • Prenons le cas de l’Afrique : des gens meurent pour bouter un dictateur hors du pays par exemple, afin d’avoir un espoir de liberté...
  • Tu veux parler des massacres ethniques qui, si jamais ils aboutissent au renversement d'un dictateur, se termineront par l'institution d'un autre ?
  • Hé bien… Oui… Mais même si c'est noir, des gens se battent tout de même parce qu'ils ont le sentiment que ce qu'ils font est juste...
  • Comme la haine d'un autre peuple pour des raisons obscures ? ce n'est pas de l'idéalisme, c'est du génie.
  • Il n'empêche que tant qu'il y aura un sentiment d'injustice dans ce monde, il y aura toujours des gens pour se battre...
  • Ou ils auront l'intelligence de rallier ceux qui ont le pouvoir et, inéluctablement, les "rebelles" modernes finissent de plus en plus rapidement par être intelligents.
  • Cela voudrait dire qu'un jour, il y aura plus de guerre tellement les gens seront lobotomisés ? Cela semble peu cohérent.
  • je n'ai pas dit qu'il n'y aurait plus de guerre : elles existeront toujours, et pour cela, la recette sera toujours la même : inventer un ennemi, qui sera seulement plus subtil dans son machiavélisme dominateur.