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Entretien avec Kunkun :

    L'INTERVIEW DES AUTEURS

    Dragoris : (Concernant la fiction Le pire ennemi de l'homme )


    D’où t’es venu l’idée de cette histoire ?

    C'est un mélange de plusieurs inspirations. Je venais de voir le film Paychek, dont j'ai adoré le principe, et j'étais à fond dans les nouvelles de P.K. Dick. Je suis juste parti du principe du lacet défait annonçant la mort dans un de mes rêves. J'ai un peu fait un mélange de différentes sources d'inspirations comme Paychek, les nouvelles de P.K. Dick et mes propres questions vis à vis de la mort et du destin. J'adore toutes les ambiances ou le personnages se retrouve dans un monde le dépassant que ce soit par les évènements et les enjeux. Je décris une personne qui subit un système, et j’aime ces héros opprimés avec un destin tragique. C'est un peu tout cela que j'ai voulu retranscrire dans cette nouvelle avec ma touche de pessimisme.

    Que penses-tu toi-même de ta propre fiction ?

    Je déplore surtout la forme : je la trouve très simpliste dans l'écriture et très maladroite. Quand au fond je trouve l'idée de départ très bonne tout comme la fin Je trouve le développement moyen. Pour une première fiction c'est assez réussi car j'ai toujours été médiocre en expression dans le milieu scolaire.

    Penses-tu qu'elle ait quelque chose de plus ou de moins que tes autres fictions ?

    De moins, sûrement au niveau du style, ainsi que dans la façon de mener le récit. Le problème, c'est qu'elle fait penser à Matrix dès que les "Smith" débarquent. Sinon au niveau de l'idée elle vaut les autres, et un peu plus certaines. C'est aussi mon plus long écrit avec Le Pire ennemi de l'homme. Elle a aussi quelque chose de plus car c'est celle ou j'ai passé le plus de temps dans l'écriture : je l'ai rédigée sur une plus longue période que les autres et en plusieurs fois. J'y suis assez attaché car c'est mon tout premier écrit.

    La Mort serait donc la pire ennemie de l'Homme ?

    Ennemie dans le sens où elle a le dernier mot. Mais je crois que d'avoir un ennemi insurmontable est quelque chose de positif car elle nous oblige à nous améliorer. Elle est à la fois ennemie et amie. Elle met fin à nos souffrances et nous remet à notre place de mortel. Beaucoup d'humains se prennent pour des Dieux, c'est à dire des immortels, donc au-dessus de la Mort. La Mort décrite dans mon texte est celle qui met fin à la vie et dirige les destins. Elle est elle-même au dessus des dieux : elle ordonne à Zeus dans la mythologie, elle empêche les Dieux d'agir dans la guerre de Troie et laisse les hommes accomplir leurs destins. Comme chaque ennemi la Mort doit être perçue comme un élément de progrès pour l’homme. Mais à mon avis le pire ennemi de l'homme, n'est pas la Mort mais plutôt lui-même ou les hommes.

    On constate à la fin que tu utilises la mythologie grecque (Atropos des trois Parques). Utilises-tu souvent ces références ?

    Pas trop la mythologie en général, mais tout ce qui est associé à la mort et au destin me fascine. Dans l’écriture de ce texte, je ne savais pas quoi choisir comme entité pour représenter le destin et la mort. Mes recherches m'ont tout droit mené aux Parques dont je ne connaissais pas l’existence jusqu’à pressent, et elles convenaient parfaitement "à l'emploi" dans cette nouvelle.

    Pourquoi cette fascination pour le destin et la mort ?

    Les questions sans réponses excitent ma curiosité. Tout comme si Dieu existe. Personne ne peut y répondre. C'est des thèmes que j'aime beaucoup pour les possibilités qu’ils offrent, et je cherche d'ailleurs toujours des réponses. J'adore voir comment cela a fasciné les hommes au cours de l’histoire, quelles ont été les réponses, voir la psychologie associée… A des moments difficiles de ma vie où j'étais assez isolé, j'y ai beaucoup pensé et j'y repense toujours un peu.

    Sinon, qu’utilises-tu comme référence pour tes œuvres ?

    Un peu de tout, et surtout de la SF, par exemple des films comme Paychek, Alien, Predator… ainsi que des nouvelles et du P.K. Dick.

    Les deux derniers films paraissent pourtant moins philosophiques...

    C'est plutôt pour leur atmosphère et pour piéger le lecteur dans certains clichés. Dans Le Pire ennemi de l'homme, on se retrouve dans un vaisseau, un peu comme dans ces films. Le lecteur se voit tout de suite dans le film, avec les mêmes actions, alors sans réfléchir il se piège lui-même par ses références, pour mieux être surpris à la fin.

    Cette fiction est du fantastique. T’arrives-t-il d’écrire dans un autre genre (en dehors de la science-fiction) ?

    Pour le moment non. J'ai encore plein de projets pour ce qui est science-fiction et fantastique.

    Pourquoi avoir choisi d’écrire au présent alors que la majorité des récits se font au passé simple ?

    C'est un choix arbitraire, mais par la suite j'ai préféré utiliser le passé.

    Dans la plupart de tes œuvres (et surtout dans Le Lacet et le destin), tes héros n’en sont pas du tout : ils essaient désespérément de se débattre, mais ça ne sert à rien du tout, puisque leur fin semble inéluctable. Pas une seule fois, les personnages principaux ont une possibilité de s’en tirer. Pourquoi les torturer ainsi ?

    L'auteur est peut-être torturé lui-même aussi ? Je n'aime pas trop les héros qui triomphent de choses quelques peu impossibles. Qui peut se targuer d'avoir triomphé de la mort ? Une personne a très peu de chances de gagner contre un système entier. Je préfère rester "réaliste" et remettre l'homme dans sa condition de mortel. Il subit les évènements et le destin. Ce sont des enjeux qui le dépassent tout simplement. Je suis sûr que si je fais triompher un de mes héros de quelques chose paraissant invincible, alors ce sera ma nouvelle la plus médiocre et la moins appréciée.

    Ce n'est pas parce qu'un personnage triomphe de quelque chose d'impossible que la nouvelle sera forcément mauvaise.

    Dans ma philosophie, pour le moment oui. Cependant, il est vrai que les différentes remarques que j'ai eu par plusieurs lectures qui vont dans ce sens m'ont fait beaucoup réfléchir sur cet aspect. J'essaie de trouver une histoire dans laquelle le héros arrive à avoir un sursis. Bon, je n'ai pas encore trouvé (rires).

    "L'auteur est peut-être torturé lui même aussi ?" Torturé par quoi exactement ?

    Par le fait d'avoir une vie prédestinée, un chemin à suivre obligatoirement ; d'avoir des obligations ; de devoir être hypocrite à certains moments, contre ses propres principes, pour s'en sortir face à certaines personnes ; avoir l'impression d'être totalement incompris, de paraître totalement en décalage par rapport à certains ; de voir toutes les différences entre tout le monde, l’incompréhension grandissante, la haine naissante… De découvrir le monde, en fait.

    Autant d'épreuves que fais pourtant subir à tes personnages... Est-ce pour se soulager ou pour faire comprendre à tout le monde ce que tu peux ressentir ?

    Bien entendu je ne suis pas un clone poursuivi et je ne suis pas paranoïaque quand j'ai un lacet de défait... Mes écrits ne sont que les sommes de plein de sentiments décousus et mêlés les uns aux autres.

    En t'écoutant (enfin en te lisant), puis en lisant tes nouvelles, on pourrait imaginer (bien que je le dis avec humour) que tu n'as jamais vécu de sentiments agréables...

    Je crois que c'est assez subjectif. J'ai eu des sentiments agréables mais je suis plutôt influencé par les sentiments désagréables, plus nombreux et plus forts en intensité. J'essaie de me les cacher, de les enfouir pour ne pas paraître déprimé.

    Donc ce monde te déplaît... Une opinion qui se partage par beaucoup (un intervieweur se doit d’être toujours neutre). Selon toi, quelle est la cause principale de tout ce malheur dans le monde ?

    La propre existence de ce monde.

    Donc tu penses qu'il est impossible que ce monde soit agréable à vivre ?

    Ce n'est qu'une utopie et un fantasme pour les hommes selon moi. Les hommes intelligents ne peuvent pas vivre heureux, ou peu y arrivent. Pour les autres, oui, ils en sont capables. Mais seuls les gens intelligents comprennent le monde, son hypocrisie, ses injustices, et cela le rend malheureux car ils ne peuvent pas faire grand chose pour cela alors que les autres n’en ont pas conscience.

    Les univers parallèles (ou encore plans supérieurs) semblent revenir plusieurs fois dans tes fictions…

    Oui j'adore ces concepts. Ça permet beaucoup d'innovation et d'histoires différentes et originales. J'ai lu dernièrement une magnifique urchronie de P.K. Dick : Le Maître du haut château. J’adore ce genre d’univers.

    Toi-même, tu penses qu'il existe un plan supérieur qui supervise et dirige l'ensemble de l'histoire de l'humanité ?

    A ma connaissance, il n'y a pas la preuve de l'existence de cela. J'espère que oui mais l'expérience ne m'en a jamais apporté de preuves, ni même d'indices.

    Aussi, j’ai l’impression que tu te plais à écrire des choses extrêmes, telles la haine, la rage, le sang, le vomi… Autant de mots violents en soi qui frappent parfois le lecteur.

    J'aime beaucoup l'histoire à travers les différentes époques. Ces sentiments ont détruit l'humanité, ont défait des empires et changé la face du monde, et j'espère être tout le contraire de cela. Je pense que ce sont des pulsions et des sentiments profondément refoulés, alors que l'histoire m'a montré que tous ces sentiments extrêmes sont d'une vulgaire banalité. Je me plais beaucoup à écrire sur ces thèmes pour interpeller le lecteur.

    Que penses-tu du fait que la rage et la haine puissent accomplir de grandes choses, et positives par ailleurs.

    (Rires)
    J'en pense que c'est normal. C'est avec ces grands sentiments qu'on détruit et qu'on construit des grandes choses, mais c'est avec la modération qu'on les entretient. Je pense que chaque sentiment a sa place dans chaque existence, et qu'il a un rôle bien déterminé en chacun.

    Qu'aimes-tu exactement dans l'uchronie ?

    De voir que les univers les plus horribles sont en fait très proches du nôtre. Le Maître du haut château en est l’exemple. Dans le contexte de l’époque, le monde imaginé par P.K. Dick n'est pas loin de valoir celui qu’il a imaginé : un monde dominé par les nazis, et les Japonais prêts à déclencher une guerre nucléaire… Cela nous amène à la fois à une réflexion sur le déroulement de l’histoire, sur le bien fondé de certains choix et si notre monde est bien le meilleur, si nos décisions ont été les bonnes… C'est aussi un bon moyen de critiquer notre présent.