Je fais tomber le suspens tout de suite, The Settlers Online n'est pas le meilleur de la série, et de loin. Mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs. Présentons d'abord cet opus.
Présentation de l'opus
The Settlers Online est un jeu en Flash free2play ou freemium, ce qui signifie qu'il est gratuit d'accès mais qu'il est possible d'acheter une monnaie spéciale dans le jeu (les pierres précieuses) avec des euros. Cette monnaie permet soit d'accélérer le fonctionnement normal du jeu ou de donner accès à du contenu exclusif.
Le jeu est également persistant, ce qui signifie que le monde continue d'évoluer même quand vous fermez la page du jeu. Il vous propose une fois de plus de vous installer sur une terre vierge ou presque en partant de zéro. Une fois de plus vous devrez commencer par la sempiternelle cabane de bûcheron accompagnée de sa traditionnelle scierie, pour pouvoir construire pêcheries, cabanes de tailleur de pierre et autres fermes, moulin, boulanger, mine, fonderie, bref, vous avez compris. Chaque bâtiment prend un certain temps à construire (entre 1 et 5 minutes à mon niveau), et les temps de production sont chiffrés à la seconde près et prennent en compte les différents trajets que votre Settlers devra faire pour mener à bien son activité.
Les différents types de bâtiments sont débloqués au fur et à mesure des niveaux que franchit votre personnage dont vous aurez pu choisir la trombine et le nom à votre inscription (possible via Facebook). Si les niveaux sont vite passés pendant le didacticiel, ça se corse dès qu'on est lâchés dans la nature. Et le seul moyen de gagner l'expérience nécessaire à la progression de niveau, c'est la castagne.
Guerre épais
Je suis le premier à bien vouloir l'admettre, la guerre n'a jamais été le point fort dans les différents Settlers. Mais quand même, depuis les troupes incontrôlables et l'aléatoire complet des premiers opus jusqu'aux troupes dirigeables manuellement des derniers, une sorte de progression s'était établie. Malheureusement, on fait là un retour en arrière d'une quinzaine d'années. Les armées sont représentées par les généraux à qui on pourra confier plus ou moins de troupes avant de l'envoyer se heurter à des camps de bandits dont la composition en troupe est visible à l'avance. Une fois arrivé à destination, un combat en tour par tour se déroule sans qu'on puisse intervenir.
Bon, les combats en tour par tour, ce n'est pas nouveau, ça fait un bout de temps que ça existe, pas mal de systèmes ont été étudiés pour rendre le combat aussi juste que possible. Mais visiblement chez Blue Byte c'est une nouveauté, avec les déboires auxquels on pouvait s'attendre. Que je vous explique.
Les armées sont composées de trois types d'unité : l'infanterie en première ligne, les archers en seconde et le général s'il y a. Les archers ne peuvent être attaqués que si toute l'infanterie a été éliminée. Les tours se passent de la manière suivante : toutes vos troupes attaquent les troupes adverses en commençant par l'infanterie, puis toutes les troupes adverses attaquent les vôtres en suivant le même principe. Les pertes sont alors décomptées, et si les deux camps possèdent encore des troupes, une nouvelle manche s'engage.
La conséquence principale de ce système est que quelle que soit la taille de votre armée (ou sa composition, les archers n'ayant aucun avantage d'initiative), l'armée adverse infligera toujours ses dégâts maximum à la vôtre. Sachant que deux bonshommes suffisent pour en occire un, vous savez à l'avance quelles seront vos pertes. Le surnombre n'est utile que pour s'assurer que le combat ne durera qu'un tour et que les unités adverses n'attaqueront pas deux fois. Bon, vous avez eu des pertes, ce n'est pas grave, vous allez vous refaire, surtout avec votre appareil de production bien développé.
Votre temps d'attente est estimé à...
Faisons les calculs :
- Un fantassin nécessite 1 Settlers, 5 bières (pour le courage) et 10 épées en bronze (1 utile et 9 de rechange, ça se pète vite le bronze) et 3 minutes d'entraînement ;
- 1 Settlers prend 15 minutes à apparaître ;
- 1 bière nécessite 1 céréale, 2 seaux d'eau (ce qui explique pourquoi on pisse deux fois le volume de bière bue) et 7 minutes 30 de brassage ;
- 1 céréale met 13 minutes à être cultivée ;
- 1 seau d'eau prend 3 minutes 30 à être puisé ;
- 1 épée en bronze nécessite 1 lingot de bronze, 2 morceaux de houille (pour que l'épée fasse mal) et 7 minutes de forge
- 1 lingot de bronze nécessite 1 minerai de cuivre, 1 morceau d'houille et prend 7 minutes 30 à être fondu ;
- 1 minerai de cuivre prend 4 minutes a être extrait ;
- 1 morceau de houille nécessite 1 rondin de sapin et prend 4 minutes 30 à être brûlé ;
- 1 rondin de sapin prend 2 minutes 30 à être abattu ;
Alors c'est sûr, si on met tout bout à bout, ça fait quelque chose comme 540 minutes, soit 9 heures de jeu. Vous allez me dire avec raison que toute ces productions se font en parallèle et peuvent être réduites au temps le plus long entre le brassage des bières et le forgeage des épées. Ce qui nous donne 70 minutes pour fabriquer les 10 épées nécessaires à un seul fantassin. Mais là encore, vous allez pouvoir me rétorquer qu'en doublant la chaîne de production des épées, on peut réduire de moitié ce temps, ce qui nous donne encore 35 minutes, ce qui est conséquent pour, je le rappelle, un seul fantassin.
Et même, comme le jeu est persistant, on peut se dire qu'on constitue un stock pendant la nuit par exemple. Oui mais tout est fatalement limité par le délai d'apparition d'un nouveau Settlers qui est de 15 minutes, impossible à paralléliser, et dont le nombre est (cruellement) limité par le nombre de maisons dont on dispose. Ce qui veut dire que si, comme moi, vous avez eu le malheur d'entraîner des troupes jusqu'à la limite de population, après les premières pertes, je me suis retrouvé à devoir attendre 15 minutes par Settlers, ce qui a sérieusement freiné mes vues expansionnistes.
T'as joué ? T'as perdu !
Alors moi, malin, je me dis que pour réduire mes pertes de piétaille, comme elles sont censées être le rempart des archers, je vais mettre plein d'archers faiblards mais puissants derrière un seul soldat devant. Comme ça, l'armée adverse aura besoin de deux tours pour atteindre mes archers qui auront tôt fait de les cribler de flèches. Las, quand les troupes ennemies ont écharpé ma pauvre chair à canon, elles ont poursuivi leur avance, taillant dans mon escouade d'archers comme dans du beurre. Avant de tous s'effondrer du fait de mon attaque initiale. Caramba !
Les pertes sont donc inévitables, soit. J'ai alors essayé d'estimer quelles seraient mes pertes totales si je voulais raser tous les camps de bandits des territoires voisins des miens, en prenant en gros 2 ennemis = 1 fantassin perdu. Ça me donne 600 pertes estimées, sans tenir compte des boss qui gardent certains secteurs. Sachant qu'il reste également 3 territoires que je ne peux pas voir parce qu'ils ne sont pas mitoyens des miens, ça veut dire en extrapolant que j'aurai 1200 pertes inévitables.
En voyant ces chiffres, je me suis découragé, je crois. Car l'île où vous débarquez n'est que la première étape du jeu avant de pouvoir éventuellement se mesurer à des joueurs humains. Alors certes en progressant de niveau, on peut débloquer l'accès à de nouvelles unités plus résistantes (parce qu'il n'y a que ça qui compte au final), mais les nouvelles unités se débloquent tous les deux niveaux, sachant qu'il faut mener 5-6 combats pour passer de niveau et que ce nombre augmente au fil des niveaux, les pertes restent importantes.
Et le Online là-dedans ?
Ah oui, le Online, parlons-en ! Pour permettre à The Settlers Online d'être persistant, toutes les actions que vous entreprenez doivent être envoyées au serveur central qui l'enregistre et la valide pour qu'elle soit effective à l'écran. En pratique, il y a donc une latence de 8 à 10 secondes environ entre chacun de vos clics et la réalisation de l'action entreprise. Objectivement, ce n'est pas long, mais psychologiquement, il se dégage une forte impression d'inertie dans un jeu lent par nature. D'autant que ce temps d'attente n'est pas une fatalité pour les jeux persistants, des solutions avec validation locale ou à posteriori existent, cela permet d'avoir des résultats instantanés aux actions entreprises, c'est beaucoup plus gratifiant.
Sinon, il y a une mini-chatbox où les joueurs écrivent étonnamment bien le français pour un chat public, un système d'ami qui n'est pas relié à Facebook même si l'inscription peut l'être, il faut donc piocher parmi ceux qui postent sur le chat. De toute façon, les interactions sont très limitées, à part les échanges auxquels je n'ai pas encore accès parce que je n'ai pas passé ce foutu niveau 17.
L'amer tableau est complété par ces fabuleuses expirations de session qui arrive si vous laissez trop longtemps le jeu en tâche de fond sans interagir et qui obligent à recharger la page entière et surtout l'animation flash en elle-même qui est très lourde.
Tu n'as pas parlé des graphismes ?
Non, c'est vrai, et c'est un tort, car ils sont très jolis, il y a pas mal d'animations (petites configurations s'abstenir) et le jeu s'exécute par défaut dans toute la fenêtre du navigateur, en mettant en plein écran on a l'impression de jouer à un jeu installé. Mais l'agrément s'arrête là, pour toutes les raisons énoncées au-dessus.
Quitte à passer du temps sur un truc joli, mieux vaut encore ressortir The Settlers : Bâtisseurs d'empires qui a le mérite en plus d'être intéressant.
Et vlan.